Conférence sur le minimalisme en décoration d’intérieur – suite


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Suite de la conférence sur le minimalisme en architecture intitulée : le Minimalisme Dans La Décoration D’intérieur – Vers L’Hybridisme
Peut-on concevoir un meuble où deux styles opposés de la conception (le minimalisme et le baroque) s’entrecroisent ? Si la réponse à cette question est oui, alors une combinaison de matériaux est indispensable. Dans ce cas, la table basse « Crystals » , qui combine le verre (matériel de la modernité) et le bois (classique, traditionnel et de base), exprime la possibilité d’une telle combinaison.


Evidemment, cet objet ne peut absolument pas être considérée comme minimaliste, et encore moins baroque -malgré les détails des parties qui relient la base en bois avec la partie supérieure de la table- ou de style oriental. Le seul mot que j’ai trouvé pour décrire cet objet -qui semble résister à toute catégorisation- c’est celui « d’hybride ». Beaucoup asso cieront rapidement ce mot avec la biologie, la biogénétique, etc. Pourtant, ce terme est également utilisé dans la littérature.
La chronique Naufrages de Álvar Nuñez Cabeza de Vaca (Jerez de la Frontera, 1507 – Séville, 1559) est désormais étudiée en littérature et considérée comme un hybride. Il n’est pas surprenant que ce texte qui appartenait au domaine de l’Histoire ait acquis une valeur littéraire. Le défi de ce genre de textes, qui rentrent dans le cadre de l’appellation générique de « Chroniques des Indes », a été de trouver la forme de raconter quelque chose d’absolument nouveau, sans précédents dans les modèles ou les codes littéraires existants.


Si dans l’âge d’or espagnol « puiser » dans les sources classiques et prestigieuses était primordial -ensuite l’originalité de l’oeuvre serait primordial, mais plus tard la présence de sources littéraires dans les travaux serait revalorisée dans le cadre de la notion d’intertextualité; Juan Goytisolo, pour citer un autre écrivain de la péninsule, un grand connaisseur de la critique littéraire, l’a utilisé dans ses fictions- le seul modèle littéraire à la hauteur était celui de l’odyssée homérique, ce qu’a fait Christophe Colomb dans son journal de bord lorsqu’il affirmait avoir vu une créature mythique lors de son passage dans les îles des Caraïbes.

La richesse hybride de la relation « Naufrages » ne se trouve pas dans ses sources classiques mais dans le fait que ce texte ait été écrit pour être présenté devant le tribunal qui allait juger le grand échec de l’expédition de Pánfilo de Narváez. Dès lors il existe une « intention rhétorique »: Álvar n’est pas responsable de cet échec. C’est ce que constate Silvia Molloy lorsqu’elle déclare que la « prise du gouvernail » (« …ainsi, j’ai pris le gouvernail… », écrit Cabeza de Vaca) est le moment symbolique où Álvar assume la responsabilité, quand il devient le centre du texte et qu’il « l’approuve ». Le mélange entre document officiel, présence de l’Histoire et de l’historiographie médiévale, dimension autobiographique, importance évangélisatrice du je et le rythme descriptif du journal de bord -qui crée une illusion de simultanéité- est ce qui en fait un texte « hybride », en plus des oscillations dans les positions identitaires du narrateur.


La valeur des hybrides est immense, et ils résultent très intéressants parce qu’ils représentent un défi pour ceux qui veulent les étudier, devant identifier les composants de base et devant déterminer quel effet produit la combinaison de modèles, de codes et d’intertextes.


Nous prendrons la liberté de qualifier cette table basse « d’hybride ». Et pour ceux qui aiment les nouveaux -ismes nous allons cataloguer ce style d’hybridisme. Peu importe le nom qu’on voudra lui donner, il s’agit d’une table à café à être prise en compte par les amateurs d’objets rares.